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À Octave Mirbeau Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d'une colline, proches d'une petite ville de bains. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre.

Nom: la ficelle de guy de maupassant gratuit
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Son mari lui dit un soir: - Qu'as-tu?

La ficelle et autres nouvelles des champs

Voyons, tu es toute drôle depuis trois jours. Et elle répondit: - Cela m'ennuie de n'avoir pas un bijou, pas une pierre, rien à mettre sur moi.

J'aurai l'air misère comme tout. J'aimerais presque mieux ne pas aller à cette soirée. Il reprit: - Tu mettras des fleurs naturelles.

C'est très chic en cette saison-ci. Pour dix francs tu auras deux ou trois roses magnifiques. Elle n'était point convaincue. Mais son mari s'écria: - Que tu es bête! Va trouver ton amie Mme Forestier et demande-lui de te prêter des bijoux.

Tu es bien assez liée avec elle pour faire cela. Elle poussa un cri de joie. Je n'y avais point pensé. Le lendemain, elle se rendit chez son amie et lui conta sa détresse. Mme Forestier alla vers son armoire à glace, prit un large coffret, l'apporta, l'ouvrit, et dit à Mme Loisel: - Choisis, ma chère.

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Elle vit d'abord des bracelets, puis un collier de perles, puis une croix vénitienne, or et pierreries, d'un admirable travail. Elle essayait les parures devant la glace, hésitait, ne pouvait se décider à les quitter, à les rendre.

Elle demandait toujours: - Tu n'as plus rien d'autre? Je ne sais pas ce qui peut te plaire. Tout à coup elle découvrit, dans une boîte de satin noir, une superbe rivière de diamants; et son coeur se mit à battre d'un désir immodéré. Ses mains tremblaient en la prenant. Elle l'attacha autour de sa gorge, sur sa robe montante. Puis, elle demanda, hésitante, pleine d'angoisse: - Peux-tu me prêter cela, rien que cela?

Elle sauta au cou de son amie, l'embrassa avee emportement, puis s'enfuit avec son trésor. Le jour de la fête arriva. Mme Loisel eut un succès. Elle était plus jolie que toutes, élégante, gracieuse, souriante et folle de joie. Tous les hommes la regardaient, demandaient son nom, cherchaient à être présentés. Tous les attachés du cabinet voulaient valser avec elle. Le Ministre la remarqua. Elle dansait avec ivresse, avec emportement, grisée par le plaisir, ne pensant plus à rien, dans le triomphe de sa beauté, dans la gloire de son succès, dans une sorte de nuage de bonheur fait de tous ces hommages, de toutes ces admirations, de tous ces désirs éveillés, de cette victoire si complète et si douce au coeur des femmes.

Elle partit vers quatre heures du matin.

Son mari, depuis minuit, dormait dans un petit salon désert avec trois autres messieurs dont les femmes s'amusaient beaucoup. Il lui jeta sur les épaules les vêtements qu'il avait apportés pour la sortie, modestes vêtements de la vie ordinaire, dont la pauvreté jurait avec l'élégance de la toilette de bal.

Elle le sentit et voulut s'enfuir, pour ne pas être remarquée par les autres femmes qui s'enveloppaient de riches fourrures. Loisel la retenait: - Attends donc. Tu vas attraper froid dehors. Je vais appeler un fiacre. Mais elle ne l'écoutait point et descendait rapidement l'escalier. Lorsqu'ils furent dans la rue, ils ne trouvèrent pas de voiture; et ils se mirent à chercher, criant après les cochers qu'ils voyaient passer de loin.

Ils descendaient vers la Seine, désespérés, grelottants. Enfin, ils trouvèrent sur le quai un de ces vieux coupés noctambules qu'on ne voit dans Paris que la nuit venue, comme s'ils eussent été honteux de leur misère pendant le jour.

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Il les ramena jusqu'à leur porte, rue des Martyrs, et ils remontèrent tristement chez eux. C'était fini, pour elle. Et il songeait, lui, qu'il lui faudrait être au Ministère à dix heures. Elle ôta les vêtenoents dont elle s'était enveloppé les épaules, devant la glace, afin de se voir encore une fois dans sa gloire.

Mais soudain elle poussa un cri.

Elle n'avait plus sa rivière autour du cou! Son mari, à moitié dévêtu déjà, demanda: - Qu'est-ce que tu as? Elle se tourna vers lui, affolée: - J'ai Il se dressa, éperdu: - Quoi!

Ce n'est pas possible! Et ils cherchèrent dans les plis de la robe, dans les plis du manteau, dans les poches, partout. Ils ne la trouvèrent point. Il demandait: - Tu es sûre que tu l'avais encore en quittant le bal? Elle doit être dans le fiacre. C'est probable. As-tu pris le numéro?

On finissait le café, quand le brigadier de gendarmerie parut sur le seuil. Il demanda : - Maître Hauchecorne, de Bréauté, est-il ici? Malandain, le bourrelier. Alors le vieux se rappela, comprit et, rougissant de colère. Et fouillant au fond de sa poche, il en retira le petit bout de corde. Mais le maire, incrédule, remuait la tête : - Vous ne me ferez pas accroire, maître Hauchecorne, que M.

Malandain, qui est un homme digne de foi, a pris ce fil pour un portefeuille? Si on peut dire! Il fut confronté avec M. Malandain, qui répéta et soutint son affirmation. On fouilla, sur sa demande, maître Hauchecorne. On ne trouva rien sur lui. On ne le crut pas. On riait. On lui disait : - Vieux malin, va! La nuit vient. On est prié de le rapporter à la mairie, incontinent, ou chez maître Fortuné Houlbrèque, de Manerville. Il y aura vingt francs de récompense.

Puis l'homme s'en alla. On entendit encore une fois au loin les battements sourds de l'instrument et la voix affaiblie du crieur; Alors on se mit à parler de cet événement, en énumérant les chances qu'avait maître Houlbrèque de retrouver ou de ne pas retrouver son portefeuille. Et le repas s'acheva. On finissait le café, quand le brigadier de gendarmerie parut sur le seuil. Il demanda : - Maître Hauchecorne, de Bréauté, est-il ici? Maître Hauchecorne, assis à l'autre bout de la table, répondit : - Me v'là.

Et le brigadier reprit : - Maître Hauchecorne, voulez-vous avoir la complaisance de m'accompagner à la mairie? Le paysan, surpris, inquiet, avala d'un coup son petit verre, se leva et, plus courbé encore que le matin, car les premiers pas après chaque repos étaient particulièrement difficiles, il se mit en route en répétant: - Me v'là, me v'là! Et il suivit le brigadier.

Le maire l'attendait, assis dans un fauteuil. C'était le notaire de l'endroit, homme gros, grave, à phrases pompeuses. Le campagnard, interdit, regardait le maire, apeuré déjà par ce soupçon qui pesait sur lui, sans qu'il comprît pourquoi. Qui ça qui m'a vu? Malandain, le bourrelier. Alors le vieux se rappela, comprit et, rougissant de colère.

I m'a vu ramasser ct'e ficelle-là, tenez, m'sieu le Maire.

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Et fouillant au fond de sa poche, il en retira le petit bout de corde. Mais le maire, incrédule, remuait la tête : - Vous ne me ferez pas accroire, maître Hauchecorne, que M. Malandain, qui est un homme digne de foi, a pris ce fil pour un portefeuille?

Le paysan, furieux, leva la main, cracha de côté pour attester son honneur, répétant : - C'est pourtant la vérité du bon Dieu, la sainte vérité, m'sieu le Maire.

Là sur mon âme et mon salut, je l'répète. Le maire reprit : - Après avoir ramassé l'objet, vous avez même encore cherché longtemps dans la boue si quelque pièce de monnaie ne s'en était pas échappée.

Le bonhomme suffoquait d'indignation et de peur. Si on peut dire! Il eut beau protester, on ne le crut pas.

Il fut confronté avec M. Malandain, qui répéta et soutint son affirmation. Ils s'injurièrent une heure durant. On fouilla, sur sa demande, maître Hauchecorne.

La Ficelle

On ne trouva rien sur lui. Enfin le maire, fort perplexe, le renvoya, en le prévenant qu'il allait aviser le parquet et demander des ordres. La nouvelle s'était répandue. A sa sortie de la mairie, le vieux fut entouré, interrogé avec une curiosité sérieuse et goguenarde, mais où n'entrait aucune indignation.

Et il se mit à raconter l'histoire de la ficelle. On ne le crut pas. On riait.